Arts : pratiques et poétiques
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Équipe Théâtre

Focus sur les doctorantes et doctorants n°2 - Martin Geoffre

Entretien avec Martin Geoffre, docteur en études théâtrales

Masque blanc avec nez rouge orné de citrons et piments
Légende

œuvre de  Arnaud Labelle-Rojoux

Présentation

Martin Geoffre a exercé pendant 20 ans en tant qu’administrateur de compagnies et organisateur de fêtes techno. Il participe à la préfiguration d’un pôle international de formation et de recherche dédié au Théâtre Visuel, inspiré de l’œuvre de Philippe Genty. En parallèle, il termine sa thèse de doctorat en Études Théâtrales à l’Université de Rennes 2, intitulée Matériaux chamaniques sur la scène contemporaine, dont la soutenance est prévue le 18 juin 2026. Il documente ce travail de recherche sur son carnet en ligne : https://chamanisme.hypotheses.org/.

Entretien avec Martin Geoffre

Bibliographie

  • BORIE Monique, Antonin Artaud : Le théâtre et le retour aux sources : Une approche
    anthropologique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1989.
  • CAVALLIN Jean-Christophe, « Walk on the Wild Side : Voyager dans l'invisible avec Charles
    Stépanoff », Diacritik, 2019 [en ligne]. URL : https://diacritik.com/2019/09/10/walk-on-the-wild-side-voyager-dans-linvisible-
    avec-charles-stepanoff/ 
  • DUPUIS David, Visions chamaniques, Arts de l'ayahuasca en Amazonie péruvienne - Catalogue d'exposition, Paris, Coédition du quai Brany - Jacques Chirac / Réunion des musées nationaux, 2023.

Stewen Corvez - Bonjour Martin, je te remercie d'avoir accepté cet échange qui vise à mettre en valeur le travail des chercheurs, des doctorants et c'est d'autant plus intéressant et important que tu soutiens très bientôt ta propre thèse.
Est-ce que tu peux te présenter s'il te plaît ?
Martin Geoffre - Oui, bonjour Stewen, je suis Martin Geoffre, j'ai 47 ans et je suis doctorant en études théâtrales à Rennes 2 depuis octobre 2021.

Stewen Corvez - Et donc tu vas soutenir bientôt. Tu appréhendes comment cette soutenance qui arrive ?

Martin Geoffre - Là, j'ai déjà reçu l'un des deux pré-rapports de Michael Haussmann et je me rends compte que c'est très agréable de pouvoir lire ce qui a été lu de nous.

Et donc je me rends bien compte que ça va être surtout une chance énorme de pouvoir échanger avec des gens très pointus, ce sont des personnes qui ont différentes appréhensions de mon sujet, et de pouvoir comme ça pendant plusieurs heures approfondir et que des gens de cette qualité s'intéressent à ce que j'écris, c'est une chance énorme.

Je vais essayer plutôt de me focaliser là-dessus plutôt que sur mon appréhension.
J'attends le second rapport et puis je me mettrai bientôt à l'écriture de mon petit préambule.
Bon, c'est top.

Stewen Corvez - C'est ce bon signe en général quand les rapports sont optimistes.
On va échanger sur trois axes.

D'abord, parler un petit peu de ton parcours. En savoir un petit peu plus sur toi, ce qui t'amène à la recherche, ce qui t'a amené à tes questionnements.
Ensuite, on parlera de ta recherche elle-même.
Et on terminera, avant de conclure, par une petite projection sur l'après-thèse éventuellement, ou les prolongements qu'on pourrait imaginer après ce travail énorme.

Et la première chose que j'aimerais te demander, c'est de nous expliquer un petit peu ton parcours universitaire, ce qui t'a amené à cette thèse.

Martin Geoffre - J'ai un profil assez atypique. Donc, comme je l'ai dit juste avant, j'ai 47 ans.
Et la dernière fois que j'ai été à l'université, c'était en 2005-2006.
Et je faisais des études en management du spectacle vivant à l'UBO à Brest parce que je suis un administrateur de compagnie de spectacle en fait.
Et donc je ne viens pas des études théâtrales.

J'ai dû, même si bien sûr on avait quelques cours là-dessus et que moi j'ai beaucoup aimé lire des essais sur le théâtre quand j'étais plus jeune, mais je n'ai pas une formation en études théâtrales.

Donc merci Rennes 2 d'avoir quand même accepté ma candidature.

Stewen Corvez - Du coup, ça m'amène directement à une autre question : qu'est-ce qui t'a amené justement à t'intéresser aux études théâtrales ?

Martin Geoffre - Je n'ai pas vraiment choisi le théâtre. Je suis né, j'ai grandi dans une famille qui est une famille complètement amoureuse du théâtre. Donc, je n'ai pas fait un choix.
Je n'ai pas eu une découverte qui m'a dit c'est vers ça que je vais aller. J'ai baigné dedans depuis vraiment petit, de par ma mère avant tout, qui avait un poste au niveau national sur théâtre et éducation à l'OCCE, qui est l'Office Central de Coopération à l'école.

Et donc du coup, j'ai entendu maintes et maintes conversations quand j'étais enfant et adolescent sur la façon d'amener une certaine exigence du théâtre contemporain dans les écoles, en faisant collaborer des enfants avec des metteurs en scène, avec des écritures contemporaines très actuelles.

Et mon beau-père a été interprète dans les années 90 d'une grosse compagnie de théâtre contemporain en particulier, puis a été metteur en scène. Donc voilà, les échanges lors des repas. Je parlais beaucoup de théâtre et puis surtout j'ai pu assister à beaucoup de représentations théâtrales dès l'enfance. Donc, c'est un amour de longue date, on va dire.

Stewen Corvez - Et uniquement en tant que spectateur ou tu as toi-même pratiqué d'une manière ou d'une autre ?

Martin Geoffre - Ah oui, j'ai pu jouer en amateur quand j'avais une dizaine d'années, en effet.

C'est vrai, c'est vrai. J'ai pu faire ça. Et puis, peut-être qu'on en reparlera après, mais je viens aussi plutôt du côté de mon père. C'était plutôt un milieu hippie underground.

Donc, sans parler des petits ateliers théâtre amateur où j'ai pu jouer dans les fourberies de Scapin ou ce genre de choses. J'ai pu aussi investir très jeune la dimension performative du spectacle.

On ne sait pas trop si c'est la vie, le réel, ou je pouvais être enduit d'argile très très jeune dans des festivals en Hollande. Donc j'ai pu aussi goûter à cette dimension-là théâtrale très très jeune.

Stewen Corvez - Et dans ton ancien métier, il y avait quand même un lien avec cette appréhension du théâtre ?

Martin Geoffre - Je le suis toujours, administrateur. De toute façon, je n'ai pas demandé de contrat doctoral pensant que la thèse serait un hobby qui occuperait mes week-ends, comme d'autres vont faire de l'escalade. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas possible, mais donc j'ai toujours continué à travailler en parallèle de la thèse en tant qu'administrateur de compagnie.

Et donc, je parlais tout à l'heure des études que j'ai faites à Brest en management du spectacle vivant, ça c'était pour créer ma propre structure en 2005-2006, qui était une structure qui organisait de grosses fêtes techno sous chapiteaux, mais où il y avait déjà une écriture théâtrale. On tentait d'écrire la nuit et d'injecter des performances essentiellement circassiennes, puis foraines.

Donc il y a eu toute cette dimension-là de la nuit, de la fête, du dance floor, du public acteur, qui a été centrale pour moi, oui, oui, bien sûr. Et comme c'est moi qui avais cofondé Cette association, on ne peut pas dire que j'étais juste un administrateur. J'avais forcément une vision, un regard. Je défendais un geste artistique aussi.

Stewen Corvez - Pourquoi avoir, alors que tu as justement un regard artistique et une vision, pourquoi choisir la voie de la recherche plutôt que de persévérer en parallèle dans cette dimension créative ?

Martin Geoffre - ça n'a pas vraiment été un choix. Je pense que ce que je fais avec la recherche aujourd'hui est plutôt dans la continuité de la réflexivité que j'ai pu avoir en tant qu'administrateur et en tant que coordinateur, tout ce qu'on veut d'une structure artistique.

Et quand j'étais un peu plus jeune, vers 20-25 ans, Ça s'est fait tout à fait naturellement que je prenne cette place-là qui n'était pas sur la scène.

C'est-à-dire qu'on a commencé à organiser des fêtes techno en étant issus de la free party où les rôles se sont distribués de façon tout à fait naturelle parce que j'avais des amis qui étaient déjà DJ, d'autres qui étaient performeurs, d'autres qui se débrouillaient très très bien avec la technique pour qu'on puisse monter nos chapiteaux, s'occuper de la flotte de véhicules et tout ce qu'on peut imaginer.

Et moi, j'avais une certaine capacité à fédérer, à embarquer les gens dans l'aventure. J'ai coordonné ces événements. Je n'ai jamais eu peur des chiffres. Je n'ai jamais eu peur de faire de la représentativité auprès des tutelles publiques. Parce qu'à l'époque, la techno d'un côté, mais aussi le chapiteau faisait peur.

Donc il fallait absolument être capable d'avoir un discours sur nos pratiques. Ne pas renier l'alternative, l'underground, mais en même temps le déplacer sur un mode artistique plutôt que politique. Enfin là, je vais faire attention à ce que je dis, il ne faudrait pas trop que je caricature.

Mais en tout cas, j'avais déjà une pensée, un discours à exposer à nos différents partenaires. Et donc ce recul. Et en fin de compte, la recherche, c'est un peu ça. Alors, pas forcément sur son propre objet, mais être capable de voir les grandes lignes, comment s'articulent les choses, comment elles peuvent être pensées, mise au regard d'autres disciplines comme, je ne sais pas, la philosophie ou, comme je l'ai fait pour ma thèse, l'anthropologie.

Stewen Corvez - D'accord. Alors, ça va paraître un peu simpliste, entre guillemets, mais c'est quelque chose qui te convient, ça, aujourd'hui ?

Martin Geoffre - De ne pas être artiste ?

Stewen Corvez - Oui.

Martin Geoffre - Ah oui, Des gens le font de façon tellement magnifique. J'ai envie de dire, voilà, chacun à sa place. Moi, je maîtrise ce que je fais. Je ne vais pas prétendre en tant que chercheur, mais en tant qu'administrateur, je maîtrise tout à fait ce que je fais. J'y suis bien.

D'autres sont de magnifiques musiciens, d'autres sont de magnifiques performeurs. Je pense que ça demande un état de présence, d'être au plateau qui n'est pas le mien. Moi, je ne suis pas à cet endroit-là.

Si on parlait de façon un peu mystique, je suis un petit peu trop dans le mental pour être au plateau, sans doute.

Stewen Corvez - Même dans l'écriture ?

Martin Geoffre - Dans l'écriture, pour tout avouer, je me suis essayé il y a 10-15 ans à l'écriture et à la mise en scène. C'était un spectacle qui mélangeait évidemment de la techno et du cirque, c'était sous sweat lodge.

Donc j'avais mis entre parenthèses un petit peu mon travail d'administrateur pour m'essayer à l'artistique. Donc du coup, je me suis essayé à l'écriture en 2013 pour ce spectacle.

Je m'étais bien entouré avec Jean-Marc Ligny, qui est un auteur de science-fiction, et Rémi Checchetto, qui est un poète, pour écrire une pièce de cirque.

Mais quand il a fallu passer à la mise en scène, je crois que là encore, je n'avais pas les qualités humaines de direction, c'est-à-dire que moi-même n'étant pas comédien, C'est très dur, je trouve, d'être à la direction d'acteurs et de laisser la place aux acteurs, aux interprètes.

Et donc du coup, je suis revenu un peu échaudé de cette expérience, pas parce que je pense que le contenu et mon geste artistique avaient peut-être sa pertinence. Mais ça demande aussi des qualités humaines qui ne sont pas les miennes.

Stewen Corvez - On va passer à la deuxième partie de l'interview.
Peux-tu nous présenter le sujet de ta thèse, s'il te plaît ?

Martin Geoffre - Alors, l'intitulé de ma thèse, c'est « Des matériaux chamaniques au devenir chamanique de la scène contemporaine » avec en sous-titre « Études du cas de Qui Som ? de la compagnie Baro d'evel."

Et pour la présenter ici, je dirais que je me pose la question du sacré dans le théâtre contemporain. Et je pars de l'hypothèse que ce retour du sacré sur la scène contemporaine est lié à la prise de conscience de l'anthropocène.

Stewen Corvez - Pourquoi la prise de conscience de l'anthropocène ?

Martin Geoffre - parce que les artistes, quelque part, cristallisent sans doute quelque chose qui traverse notre société. Ils ont une sensibilité à ce qui se joue actuellement.

Et donc les artistes, comme nombre d'entre nous, sont absolument effarés, anxieux, tout ce qu'on veut, de la crise climatique en cours. Et donc du coup, il y a un désir de trouver d'autres modèles, d'autres types de relations aux vivants.

Donc, je caricature bien sûr. Ils commencent à lire Descola ou Morizot ou Després. Ils se rendent compte qu'il y a un tournant ontologique à prendre peut-être pour réussir à sauver notre monde. Et en s'intéressant à tout cela, ils peuvent arriver au chamanisme qui n'est pas juste un mode d'identification réel, un rapport réel mais qui est le désir d'entrer en relation avec l'autre que soi, avec le non-humain, avec l'esprit.

Stewen Corvez - Et ce lien avec le chamanisme, tu le qualifies de religieux ou c'est quelque chose d'inconscient qui n'est pas forcément identifié par les acteurs dont tu parles ?

Martin Geoffre - Ce serait compliqué de tous les mettre dans le même panier, mais en tout cas, je vois dans le théâtre contemporain, il y a tout un geste qui s'appelle, tout un mouvement, une nébuleuse qui s'appelle le théâtre des anthropocentrés, donc un théâtre décentré de l'humain, et c'est tout à fait envisageable qu'une toute une part de ces acteurs-là ne soit pas forcément dans un geste sacré.

Mais néanmoins, en tout cas les chercheuses, parce que ce sont essentiellement des femmes, qui analysent cette scène théâtrale des anthropocentrés, ne le font pas par le prisme du sacré. Mais moi, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre ce qui traverse ces acteurs et l'animisme, une analogie simplement.

Mais animisme ne dit pas chamanisme. Et donc du coup, dans tous les cas, en tout cas, s'il y a sacré, ce n'est pas un sacré transcendant comme on a l'habitude dans nos sociétés. On est dans un sacré immanent, horizontal, relationnel.

Et donc du coup, le sacré qui revient n'est pas le même que le sacré dont on s'est coupé au Moyen-Âge dans nos sociétés. Parce qu'il y a cette relation justement au vivant et quelque chose, Deleuze et Guattari parleraient de quelque chose de rhizomatique.

Et donc du coup, tous ces artistes dont je parlais juste avant empruntent au chamanisme des matériaux, mais sans pour autant se prétendre chamanes, bien évidemment.

Et c'est pour ça que Deleuze m'est absolument précieux dans cette période. Parce que lui-même fait la différence entre la femme et le devenir femme, l'animal et le devenir animal. C'est-à-dire que la relation à l'autre que soit nous déplace, sans pour autant prétendre devenir cet endroit, ce lieu. Et donc du coup, je parle dans ma thèse de devenir chamanique.

On n'est absolument pas dans l'idée de jouer le chaman sur la scène contemporaine. Les artistes s'en défendent vraiment pleinement. Et donc du coup, pour conduire ma thèse, je me suis essentiellement intéressé à la compagnie Baro d'Evel et à son spectacle Qui Som ?, qui a joué dernièrement au TNB à Rennes.

Et j'ai eu la chance de pouvoir observer leur processus de création dans son ensemble. C'est-à-dire environ trois mois d'observation sur un an, un an et demi de création. Et donc, c'est parce que j'ai pu les observer au-delà de ce qu'ils présentent au plateau que j'ai pu tenter d'appréhender leur relation intime à l'invisible.

Stewen Corvez - Qu'est-ce qui t'a conduit à partir sur cette problématique ?

Martin Geoffre - Comme je l'ai expliqué aussi un petit peu avant, j'ai pu goûter par la partie de ma famille un peu frix, un peu hippie, un peu underground. J'ai pu évoluer assez jeune dans des milieux où la figure de la mer indienne était très présente.

Assez jeune, j'ai fait des huttes de sudation, des sweat lodges. Donc j'ai vécu ces moments rituels où quelque chose advient, où on part dans nos mondes imaginaires, où il y a une certaine porosité entre ce qu'on rêve et ce qui est vrai, entre ce qui est à l'intérieur de soi et avec l'extérieur, entre ce qui est homme et ce qui est femme, toutes ces zones de liminalité, j'ai pu goûter à tout ça assez jeune.

Et puis un peu plus tard, j'ai fait mes propres voyages intérieurs et je me suis dit mais qu'est-ce que ce serait beau de mettre ça au plateau de tous ces univers tous ces mondes imaginaires font un magnifique matériau artistique à mon avis je suis évidemment pas le seul à le penser et j'aime aussi quand on parvient à faire coïncider à faire coïncider ces mondes-ci ces mondes là bas et la communauté des spectateurs présents à ce moment-là dans la salle. Donc réussir à créer ce que je nomme dans la thèse des coïncidences.

Stewen Corvez -Est-ce qu'une réflexion comme ça aurait pu prendre une autre forme qu'une thèse ?

Martin Geoffre - Je risque de répondre à côté et tu reformuleras ta question si je la comprends mal, mais ce qui est évident c'est que moi j'ai le désir d'assumer cette position un petit peu échevelée qui assume un certain amour du sacré, mais que ce n'est pas vraiment facile dans notre société française, laïque, rationnelle.

Et donc du coup, un petit peu comme à l'époque, il me fallait défendre la techno qui faisait beaucoup de bruit, ça demande un peu de caution. Et l'université, l'anthropologie, Les études théâtrales peuvent me donner le sous-têtement intellectuel pour dire, ok, ça paraît un peu bizarre comme ça, mais regardez. Regardez, on y est déjà. Regardez, vous le vivez déjà. Regardez tous les possibles artistiques que cela couvre en soi.

Donc, c'est là que l'université m'est absolument précieuse.

Stewen Corvez - Ça répond parfaitement à la question. C'était précisément ce que j'espère, enfin, ce n'était pas la réponse que j'espérais avoir, mais c'était là... Je n'espérais pas avoir une réponse en particulier, mais c'était vraiment une réponse à l'interrogation précise que j'avais.

Qu'est-ce qui t'a donné, puisque tu es arrivé au bout de ta thèse, puisque tu l'as terminée et tu vas se soutenir très bientôt, qu'est-ce qui t'a permis de tenir jusqu'à la fin de cette thèse ?

Est-ce qu'il y a eu un fil ou un truc qui t'a aidé à tenir ? Parce que c'est quand même éprouvant. Tu as passé au moins combien de temps sur ta thèse ?

Martin Geoffre - Je ne me permets pas de dire cinq ans, Parce que la candidature en soi était un véritable travail.
Vu que je n'étais pas des études théâtrales et que je ne connaissais vraiment pas grand-chose à l'anthropologie, ça m'a demandé déjà pour que Rennes 2 accepte de me prendre un certain boulot.

Donc je dirais que j'y ai passé cinq ans.

Qu'est-ce qui m'a permis de tenir ? Je pense qu'on y reviendra peut-être plus tard. J'ai eu une directrice de thèse absolument fantastique qui a été et d'où ces exigences d'un geste pédagogique qui m'émeut beaucoup déjà. Ça c'est vraiment incroyable que des gens de cette qualité donnent de leur personne pour nous accompagner. Donc merci pour ça.

Tout comme je remerciais tout à l'heure tous ces jurys qui prendront le temps pendant toute une après-midi de s'intéresser à mes questionnements. Donc quelle chance l'université nous offre de nous mettre en contact nos pairs avant tout déjà, et un autre endroit, mais en fait qui est sans doute très très lié, c'est tous les endroits d'enthousiasme en lisant des chercheurs, en découvrant des gestes artistiques, en me disant, mais ces personnes-là, ils ne cherchent pas du tout à devenir connus, ils creusent leur sillon, ils approfondissent, ils disent des choses d'une grande pertinence, d'une grande intelligence, des choses que moi, des choses qui m'ont traversé, si je suis capable de les lire chez eux, c'est que sans doute ça m'a traversé un moment, mais eux ils le disent d'une façon incroyable, complètement articulée, claire, limpide.

Et donc du coup, de retrouver au fur et à mesure de mes recherches des gens qui me semblent être dans le même flux que moi, en tout cas je vois du contact, m'a confirmé que mon intuition était juste, qu'il y a quelque chose qui se joue à cet endroit-là. Et voilà, ces grands moments d'enthousiasme font vraiment du bien, parce que si on regarde que les infos, on se dit que notre humanité est un petit peu pourrie, peut-être.

En tout cas, on voit beaucoup de gens qui gesticulent et qui ne nous donnent pas très confiance en l'homme. Et à côté de ça, il y a des gens, des inconnus, des invisibles, des artistes comme des chercheurs qui font un travail incroyable. Donc ça, ça fait du bien. Ça, ça fait vraiment du bien.

Stewen Corvez - Est-ce qu'il y a des moments dans tout ton parcours pendant la thèse qui t'ont marqué pour une raison ou une autre ? Il y a des instants dans la rédaction, dans les recherches, dans l'expérimentation, dans l'observation ou dans les échanges. Est-ce qu'il y a des moments en particulier que tu retiens de toute cette période de réflexion ?

Martin Geoffre - Forcément, la période d'observation près de Baro d'evel, qui a eu la gentillesse de me faire confiance, c'était incroyable. Déjà, ça m'a mis à un endroit que je ne connaissais absolument pas.

Comme je te l'ai expliqué, moi j'étais plutôt moteur locomotive des projets, toujours ouvrir ma bouche et tout ça, et là d'un coup ça m'a demandé de me mettre dans un endroit en recul, à observer et ça c'est quand même assez génial de passer, ce sont des gros travailleurs Baro d'evel, donc les journées pouvaient commencer à 9h et se terminer à 9h du soir sans souci et tous les jours.

Et pendant ce temps-là, moi être juste en observation et goûter tout ce qu'il cessait pour construire un spectacle, mais quelle chance énorme, quelle chance énorme de pouvoir assister à tout ça. Donc j'ai adoré, j'espère pouvoir continuer à faire de l'observation ethnographique comme cela, mais sur mon sujet.

Et la période d'écriture est quelque chose d'assez fabuleux aussi, que je me permets de faire vraiment un parallèle avec justement la création d'un spectacle. Moi, je ne suis pas un artiste, mais j'ai créé quelque chose quand même.

Et là, j'ai eu le sentiment pour la première fois vraiment de construire quelque chose qui m'était propre, mon geste singulier, ma pensée singulière.

Et ça, c'est assez incroyable. Et donc, du coup, tu vois, toi-même, c'est comme un spectacle. On a un trop-plein. Par exemple, les artistes, ils font beaucoup, beaucoup d'improvisations. Ils ont beaucoup trop de matière. Et à un moment, avec ce trop-plein de matière, il va falloir commencer à élaguer. Il va falloir articuler. Il y a tout ce travail, après, de faire tenir les choses ensemble.

Je me suis évidemment cogné la tête contre les murs, à plus du tout savoir par quel bout prendre mon sujet, comment pouvoir conduire mes démonstrations, comment faire tenir ensemble les choses.

Donc voilà, je trouve que ça ressemble vraiment beaucoup à un processus de création, avec tout ce que ça a d'enthousiasme quand on a des fulgurances, mais parfois aller faire comme Tristesse dans Inside Out, se retrouver complètement allongé sur le sol, à plus avoir que faire de soi-même, parce qu'on a pris un sujet sans doute un peu trop grand pour soi.

Mais encore une fois, ce truc un peu écrasant du plus grand que soi, si on a la chance comme moi d'être accompagné par une magnifique directrice de thèse, elle est là pour donner le rythme, pour conduire. Donc, je continue à remercier.

Stewen Corvez - Est-ce que ton sujet t'a fait peur à un moment donné ?

Martin Geoffre - Parce que je traite du sacré ou pas forcément ?

Stewen Corvez - Non, non, parce que tu parles du plus grand que soi.

Je veux dire, ça peut être intimidant de mettre le pied dans un domaine où finalement, soit il y a tellement de ramifications que ça peut nous amener partout, soit parce qu'en fait, le sujet est tellement peu touché, est quelque chose de tellement soit personnel, soit tellement important, finalement, qu'on peut se dire, mais est-ce que je suis vraiment légitime à parler de ça ?

Stewen Corvez - C'est un peu dans cette idée.

Martin Geoffre - Je crois que ce qui m'a sauvé, mais ça doit être vrai pour la plupart des chercheurs, c'est qu'il fallait partir du terrain et du très très concret. Donc évidemment que ça pouvait potentiellement partir dans tous les sens.

Mais à partir du moment où j'ai décidé que c'était Baro s'evel qui était mon corpus principal, et bien je n'allais pas, parce qu'il y a des bouquins que j'aime bien, ou des choses que j'aime bien, des pensées que j'aime bien, venir les raccrocher de façon artificielle. Il fallait absolument que ça vienne éclairer quelque chose de mon terrain. Et donc voilà, c'est ça qui a permis de circonscrire et pas de se noyer.

Et donc voilà, heureusement qu'il y a le trait concret, le terrain, pour venir cadrer, délimiter la recherche.

Stewen Corvez - Et tu aimerais pouvoir continuer à explorer le même domaine où tu penses avoir fait le tour de la question ? Tu aimerais approcher à autre chose ?

Martin Geoffre - Le tour n'est absolument pas fait, non, bien sûr. Si on doit parler que du chamanisme, je dirais que moi, la question des rituels et de la trans est intéressante, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, c'est vraiment les mondes autres, les mondes imaginaires. Et j'adorerais pouvoir faire une étude comparative des différents...

Je vais le dire un peu autrement. En ce moment, il y a sans doute un combat des imaginaires qui a lieu dans notre monde. On le voit bien au niveau politique. Et donc du coup, il y a la constitution de nouveaux mythes qui se font.Et voilà, j'aimerais énormément réussir à voir les écarts et les lignes de force de ces nouveaux mythes.

Et là, il y a un travail absolument passionnant à faire là-dessus, sans doute, sur qu'est-ce que les artistes nous donnent à nourrir, à présenter ces mondes, parce qu'ils participent à la constitution de nouveaux imaginaires, et c'est ces nouveaux imaginaires qui vont constituer notre société.

Donc là, il y a quand même quelque chose de super. Et donc, je vais m'arrêter là, c'est déjà bien. Et autrement toujours en reparlant un petit peu de Deleuze, il pourrait exister un théâtre qui est chamanique, qui ne se situe pas au même endroit que le corpus que j'ai appréhendé jusqu'à présent, qui serait plutôt un théâtre des flux, quelque chose qui serait plus imperceptible, qui vient toucher au sacré, mais sans forcément prendre les attributs du chamanisme, on met dans quelque chose de sans doute plus en arrière-fond.

je ne saurais pas en dire plus qu'en parlant de flux et j'aimerais beaucoup aller vers ça, vers quelque chose qui semble plus éloigné du sujet mais en fait vient l'embrasser encore plus pleinement parce que ça permettrait de comprendre les dynamiques qui se jouent dans ces mondes là au delà d'une imagerie Bon là, je pense qu'on est arrivé déjà depuis un moment dans la troisième partie que j'avais envisagée pour cet échange.

Stewen Corvez - Concrètement, tu envisages de soulever ces questions une fois que tu auras terminé ta thèse et que peut-être tu auras passé la période post-soutenance qui peut être plus ou moins longue selon les motivations et selon l'énergie de chacun.

Martin Geoffre - Je crois que ça va vraiment être des questions d'opportunités, de rencontres et de relations. C'est-à-dire que tout seul, je ne ferai rien.

Ça dépendra de la reconnaissance de mon travail, de l'envie de certaines personnes de collaborer avec moi en me proposant peut-être d'écrire un article ou en tout cas qui acceptent mes candidatures à des articles. Voilà, je ne ferai rien tout seul dans tous les cas.

Donc moi, j'ai un énorme désir de continuer parce que je ne m'attendais pas à ce que la recherche me plaise autant. Après, ça va dépendre vraiment de comment va être reçu mon travail.

Stewen Corvez - Ça veut dire que tu laisserais, si tu n'as pas d'opportunité, la réflexion s'arrêterait là ou telle réflexion se ferait d'une manière autre ?

Martin Geoffre - Sur la réflexion, je ne sais pas. Encore une fois, je ne vois pas comment avancer seul. C'est un travail de compagnonnage pour moi, le travail de recherche. Donc je ne vois pas ce que je pourrais faire seul, il faudrait que ce soit en complicité avec d'autres.

Par contre, dans tous les cas, si jamais ça s'arrête là, sur l'aventure de la recherche, je ne compte pas arrêter mon désir de faire se croiser le sacré et l'art.Et j'ai cette casquette d'administrateur. Là, depuis quelques années, j'accompagne une structure, j'accompagne une compagnie qui est dans la continuité. Ce sont les... comment te dire ? Ce sont les interprètes historiques du marionnettiste Philippe Gentil qui souhaitent monter une école, un peu comme l'école de coq, mais avec le geste pédagogique de Gentil.

Et autour de ce projet d'école, c'est tout un pôle qui est en train de se constituer avec l'accueil de compagnies en résidence, le fait de pouvoir produire des artistes, de faire de l'action culturelle.

Et donc, ce genre de lieu m'intéresse beaucoup, pas forcément des lieux de diffusion, mais des lieux de recherche, de formation, de création.

J'accompagne un projet donc plutôt sur le théâtre visuel, la marionnette, mais une déclinaison pour un lieu dédié au sacré et pas forcément que pour des artistes du spectacle vivant, mais pour des musiciens, pour des peintres, pour des plasticiens, pour des gens qui écrivent, un endroit un peu ressource où on puisse créer, chercher, se planter, se nourrir, parce qu'il y a des conférences avec des chercheurs.

Voilà, ce serait un lieu que j'adorerais monter. Et en même temps, quand je te dis ça, évidemment qu'il y a le même écueil qu'avec la recherche, ça ne se fait pas seul.

Ça demande des partenaires. Ça demande que des gens considèrent qu'il y a une pertinence à ce type de démarche. Mais non, j'ai trouvé mon truc avec tout ça. Évidemment que je ne vais pas aller faire complètement autre chose.

Stewen Corvez - On va terminer, j'ai deux questions pour terminer. La première, tu as déjà plus ou moins répondu à cette question, enfin je pense en creux, mais je la repose quand même. Est-ce qu'il y a un chercheur ou un auteur ou un artiste qui t'a vraiment donné envie de faire de la recherche ? Même au-delà, pas juste continuer, pas simplement te motiver une fois dans le bain, mais qui t'a donné envie de franchir le pas ?

Martin Geoffre - Ce n'est pas quelque chose que j'ai lu.

C'est surtout, je prends le bouquin à côté de moi. Voilà. Maël Pénaud, c'est un grand ami à moi. C'est avec lui qu'on avait monté cette structure techno, au Cirque Techno, dont je parlais il y a bientôt 25 ans. Et donc, il y a quelques années, il a fait sa propre thèse en ethnomusicologie et j'ai adoré parler avec lui.

J'ai adoré quand il me parlait de son travail, de quand il était parti à Dakar pour aller dans les home studios, voir comment se faisait la musique là-bas, comment s'appréhendait l'apprentissage et tout ça. Donc ça a été des grands moments d'échange avec mon ami.

Et au vu de mon enthousiasme, il m'a dit « mais pourquoi tu ne fais pas ça toi aussi ? » C'est pas tant un bouquin, c'est un individu avec qui j'ai adoré les échanges intellectuels et qu'il a pensé que j'avais peut-être la maturité pour pouvoir conduire ce genre de recherche. Donc voilà, merci Maël pour ça.

Il le sait, mais je le remercie encore une fois. Et juste pour la petite info, il va être PAST à Rennes 2 à partir de septembre.

Donc il arrive à Rennes bientôt.

Stewen Corvez - Peut-être qu'on aura l'occasion d'échanger aussi, et pourquoi pas, d'aller encore plus loin dans ces échanges avec les chercheurs de Rennes 2 sur le site APP.

Et pour terminer, est-ce que tu aurais trois livres, trois films, trois œuvres à nous recommander pour mieux comprendre ton sujet de thèse, comprendre les enjeux, les problématiques, surtout si on n'est pas familier du domaine ?

Martin Geoffre - Alors surtout, évidemment que trois, c'est court.

Stewen Corvez - On peut faire plus, mais on peut aller plus loin. Trois, c'est pour, parce que je sais que c'est parfois difficile de faire le choix, de trouver trois ouvrages qui correspondent au cadre.

Martin Geoffre - En premier lieu, pour ce qui est du théâtre, Monique Bory a été absolument essentielle pour moi parce qu'elle a bossé sur Artaud et sur tous les héritiers d'Artaud, donc Grotowski, le Living Theater et tant d'autres.

Ça a été très important, non seulement parce que j'ai un certain amour pour la culture underground des années 60 et pour Artaud, mais aussi parce qu'elle a utilisé l'anthropologie comme outil de lecture de ses gestes théâtraux. Du coup, je me suis complètement mis dans ses souliers.

J'utilise l'anthropologie de mon temps, mais en fin de compte pour observer, pour analyser des artistes de mon temps, mais en fin de compte, je fais la même chose que Madame Bory.

Et donc du coup, ce bouquin-là, mais il y en a pas mal d'autres, c'est Antonin Artaud, Le Théâtre et le Retour aux Sources.

Un autre bouquin qui a été très important à un moment de mon parcours, où je me suis dit, là, c'est bon, j'ai capté mon sujet, enfin, il y a quelque chose, c'est ce bouquin de Charles Stepanoff qui est un élève de Descola, qui s'appelle Voyager dans l'invisible, technique chamanique de l'imagination.Et en fait, cette idée de l'imagination comme quelque chose qui peut être réel, ça a été vraiment fondamental pour moi.

C'était vraiment très très chouette. Moi, je n'y connaissais pas grand-chose en anthropologie quand j'ai lu ce bouquin et ça m'est semblé assez simple à lire. Donc, il ne faut pas avoir peur, même si c'est un anthropologue.

Pour ceux qui s'intéressent, ils peuvent regarder sur mon carnet de recherche. J'ai posté des choses sur un entretien de Stepanoff sur DiacritiK qui est vraiment très chouette, où il y a une petite vidéo qui en parle, il fait un communiqué qui est très clair sur son bouquin.

Il y a un papier de Cavallin aussi qui est très bien pour comprendre le bouquin. C'est vraiment très accessible du coup. Si on ne veut pas achoper le bouquin, ce que je veux dire, c'est que c'est possible aussi, grâce à Diacritic, d'aller goûter un peu ce qu'il s'y raconte.

Et en troisième, je vais m'arrêter à trois, je pourrais aller plus loin, mais cette expo. Je suis en train de montrer mais je me rends compte que ça va être un audio ça sert à rien que je montre sur l'écran donc c'est en fait c'est un catalogue d'expo qui a eu lieu au Quai Branly il y a je pense deux ans maintenant un an ou deux qui s'appelle Vision chamanique art de l'ayahuasca en Amazonie péruvienne Et c'est David Dupuis, en fait, qui a coordonné cette expo et ce catalogue.

Et ce que je trouve super, c'est que déjà, on voit qu'il y a énormément d'échanges entre les modernes et les autochtones, qu'il y a une espèce de grand chamanisme globalisé qui est en train de se jouer, et qu'autant, bien sûr, nous, on se nourrit complètement de ces cultures-là, mais elles viennent aussi forcément déplacer la pratique des autochtones.

Là, pour le coup, dans l'Amazonie péruvienne, on retrouve des codes complètement pop dans l'art péruvien chamanique, donc c'est assez génial. Et puis, ce qui me plaît, c'est qu'on montre plein de mondes autres, c'est que d'un coup ça vient, comme je te disais tout à l'heure, j'espère qu'un théâtre qui nous donnerait à voir ce qui se joue dans ces mondes autres, je trouve ça absolument fabuleux, eux, ils le font avec leurs tableaux et on voit dans ce catalogue des chercheurs réfléchir là-dessus.

Donc c'est comme si, je le dis avec des pincettes, mais c'est comme si les arts plastiques avaient peut-être un petit temps d'avance sur nous, en tout cas sur les études théâtrales là-dessus.

Stewen Corvez - Je te remercie pour ces recommandations, c'était passionnant. On rêve d'avoir le temps de tout lire et de se plonger dans ces sujets, ça donnerait presque envie de se replonger dans une thèse juste pour voir à quel point nos propres travaux peuvent faire des liens avec tout ce que tu nous as raconté jusqu'à présent.

Martin Geoffre - Merci beaucoup, merci d'investir ce temps pour mettre en avant comme ça les travaux de jeunes chercheurs comme moi. C'est vraiment super, encore une fois. Quelle chance d'être entouré de pères quand on est à l'université. Merci pour ton travail.

Photo très colorée avec danseurs en mouvement
Légende

Cie Baro d'evel - Crédit : François Passerini

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